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Le costume sans coutures

Le costume sans couture. Augustin avait le seul costume parfaitement lisse de toute la forêt. Pas une seule couture, un vert pomme impeccable, parfait et bien repassé. Les autres Magikitos avaient l'air d'avoir été habillés par un mixeur à chiffons, et ils étaient ravis comme tout. Des pièces collées sur des pièces, des rapiécetages sur des rapiécetages, des formes sans queue ni tête et des mélanges de couleurs invraisemblables.

Augustin, lui, il était toujours tiré à quatre épingles. Et il prenait soin de ce costume comme d'un trésor. Quand la bande dévalait le toboggan debout, splash, splash, splash, il le regardait d'en haut. Quand une bataille de mûres éclatait, il se cachait derrière un champignon. Quand la résine des pins se mettait à couler, il ne sortait même pas le bout de son bonnet. « Augustin, descends ! » « J'arrive ! » Et il ne descendit jamais.

Un matin, il est allé se regarder dans la flaque habituelle, et quelque chose clochait. Oh, ça oui, pas une tache, pas le moindre petit pli. Mais le vert n'était plus vert pomme. C'était un vert éteint, sans vie. Il l'a lavé au savon de cosses de sureau. Il l'a étendu au soleil deux jours entiers. Il l'a frotté à la menthe fraîche. Rien. Chaque matin, un peu plus gris.

Alors, il a débarqué chez Marcel, le plus vieux Magikito de la forêt, qui vivait sous la grosse racine du châtaignier. Marcel, c'était en gros un fouillis sur pattes. Il portait tellement de pièces que personne ne se rappelait de quelle couleur avait été son costume. Et c'était bien ça le mystère, parce que, malgré tout, c'était le Magikito aux couleurs les plus vives de toute la forêt.

Il l'a trouvé devant sa porte, en train de prendre le soleil, les yeux fermés en fredonnant un air joyeux. « C'est toi celui au costume parfait », dit-il sans lever les yeux. « Je l'étais », répondit Augustin en lui montrant le gris. Marcel a ouvert les yeux et l'a regardé de haut en bas tout tranquillement. « Tu portes combien de pièces ? demanda Marcel. — Aucune, il n'en a aucune, répondit Augustin. — Ah ben voilà pourquoi, reprit Marcel. — Eh ben non, justement, dit Augustin. » Augustin ne comprenait rien.

Marcel lui avait fait une petite place sur le banc et se mit à lui montrer son costume pièce par pièce, comme on fait visiter sa maison. « Tu vois ce bout ? C'est un morceau qui s'est détaché du fantôme de Golette, qui est tellement forte qu'elle fait flotter le bout. Et ce bout-là, il vient du caleçon de Baptiste, qui m'a sorti de la rivière en me tirant par les cheveux. Parce que moi, nager, c'est pas trop mon truc. Et ce petit rien d'orange là, il l'a touché avec deux de ses doigts. Celui-là, il vient d'une chaussette que j'ai trouvée sous la roue. C'est le plus vieux de tous. Mais il tient chaud comme c'est pas permis », dit Marcel.

Augustin a bien regardé. Entre les pièces, il ne restait presque rien du tissu d'origine, juste un petit bout, gros comme l'ongle, sur l'épaule. « Et ton tissu à toi, le tien pour de vrai ? demanda Augustin. — Il en reste un peu là. — Et le reste ? — Eh ben, les morceaux qui se déchiraient, je les ai donnés à celui qui était avec moi à ce moment-là. » Et il lui confia le secret.

« Pour que ton costume prenne vie, il faut le remplir de vie. C'est aussi simple que ça. Quand tu t'amuses sans réfléchir, tu verras : les morceaux tombent tout seuls. Quand ça t'arrive, tu donnes un petit bout de tissu au premier qui passe. Cric, crac. Lui, il te donne un bout du sien. Ta pièce bouche son trou, la sienne bouche le tien. Moi, j'ai un trou pour chaque ami, dit Marcel. Et un ami sur chaque trou, c'est pour ça que j'ai jamais froid. »

Augustin a regardé son propre costume, lisse et parfait. Et d'un coup, il l'a vu tel qu'il était : un costume solitaire et sans vie. Il a éclaté en sanglots. Marcel l'a regardé avec tendresse. Le petit avait compris le message. Il a porté la main à son épaule, a arraché d'un coup sec le dernier bout brunâtre qui lui restait et le lui a tendu. « Mais c'est le dernier qui te reste ! » a dit Augustin entre deux sanglots. « Ben heureusement que tu es venu au moment où il n'en restait plus ! » a dit Marcel avec un sourire. Et il le lui a cousu sur la poitrine d'une grande claque.

Le lendemain matin, autour du brunâtre, le vert était revenu plus vert que jamais. Augustin a filé comme une flèche pour faire le toboggan debout. « Fais-moi de la place ! » a-t-il crié. Et il a plongé la tête la première.

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